Imaginez un monde où le parfum d’une fleur fraîchement cueillie ou les arômes du café fraîchement moulu vous échappent complètement. Les saveurs des aliments vous semblent ternes et fades. Pour de nombreuses personnes confrontées à une perte de goût et d’odorat, cette réalité est portant tristement familière.
Le goût et l’odorat sont des sens essentiels qui enrichissent notre expérience quotidienne. Ils nous permettent tout simplement d’apprécier les plaisirs simples de la vie.
Pourquoi goût et odorat sont ils souvent liés ? Peut-on ‘récupérer’ le goût et l’odorat ? Dans quelle mesure les troubles sensoriels sont-ils réversibles ? Quelles sont les avancées scientifiques et les stratégies de rééducation qui offrent de l’espoir pour la récupération de ces sens vitaux ?
Comprendre la perte du goût et de l’odorat
La perte du goût et de l’odorat, bien que sous-estimée, peut avoir un impact significatif sur la qualité de vie. Ces sens jouent un rôle essentiel dans notre capacité à :
- apprécier les aliments
- détecter les dangers potentiels
- interagir avec notre environnement
Cependant, lorsque ces sens sont compromis, cela peut entraîner des risques pour la santé liés à une alimentation inadéquate (perte de plaisir lors des repas, diminution de l’appétit).

1. Le lien entre goût et odorat
Les aliments que nous consommons sont constitués de molécules. Celles-ci sont détectées par les bourgeons gustatifs à la surface des papilles gustatives de la langue. Ainsi, nous allons reconnaître les 5 saveurs sucrée, salée, amère, acide et umami.
En revanche, c’est bien le sens de l’olfaction qui permet de percevoir les arômes émis par les aliments (rétro olfaction). En effet, ceux-ci passent par l’arrière-gorge puis se dirigent vers le nez. Ils sont ensuite analysés par le bulbe olfactif avant d’être interprétés par le cerveau, comme les odeurs.
Par conséquent, goût et odorat sont intimement liés. La perte de de l’odorat entraine souvent la perte de ce que nous appelons communément le « goût ».
2. Les causes de la perte sensorielle
La perte du goût et de l’odorat peut être attribuée à une variété de facteurs.

Les pathologies naso-sinusiennes restent la première cause de dysosmie. Ainsi, la polypose nasosinusienne est une maladie chronique inflammatoire de la muqueuse respiratoire des sinus. Elle se caractérise par la formation de polypes, des amas de tissus inflammatoires bénins. Ceux-ci obstruent la fosse nasale dans les formes sévères. Si bien que cette maladie peut causer :
- une congestion nasale
- une rhinorrhée (écoulement du nez)
- des troubles de l’odorat qui peuvent aller jusqu’à sa perte complète (anosmie)
- des altérations du goût
- des douleurs faciales.
Parmi les traumatismes, les accidents impliquant la tête peuvent endommager les nerfs olfactifs et gustatifs. Dans ce cas, cela entraine une altération de ces sens. Les infections virales peuvent également causer une perte plus ou moins temporaire du goût et de l’odorat:
- rhume
- grippe
- Covid-19
De plus, les maladies neurodégénératives comme la maladie de Parkinson et la maladie d’Alzheimer sont connues pour affecter ces sens. La perte d’odorat en est d’ailleurs souvent l’un des premiers symptômes.

La perte totale d’odorat et de goût touche 5% de la population mondiale, soit 400 millions d’individus dans le monde et 3,4 millions de Français.
3. Rétablissement de la fonction olfactive et gustative
Le rétablissement de la fonction olfactive et gustative peut varier considérablement en fonction de la cause. Par exemple, les études indiquent que de 20% à 40 % des patients récupèrent leur odorat après un traumatisme. Tandis que le taux de récupération peut atteindre jusqu’à 50 % à 70 % pour les pertes olfactives post-infectieuses. Cependant, pour les anosmies liées à des pathologies naso-sinusiennes, le taux de récupération est plus variable. Des patients répondent bien aux traitements, bien que les rechutes ne soient pas rares.
Face à ces défis, la recherche scientifique joue un rôle crucial. Des chercheurs du monde entier se consacrent à mieux comprendre la perte du goût et de l’odorat. Ils travaillent sur l’identification de ses mécanismes sous-jacents, ainsi que le développement de stratégies de traitement efficaces.
Retrouver le goût et l’odorat grâce à la rééducation olfactive
La littérature dans le domaine du soin des pertes olfactives est riche et différents types de traitement ont été tentés : administration d’acide alpha-lipoïque, antibiotiques, corticostéroïdes, vitamines A, B-12, D, E ou de sulfate de zinc, acupuncture, chirurgie ou entraînement olfactif (Richard Doty, Université de Pennsylvanie, Philadelphie dans une longue revue de questions publiée en 2019). Excepté l’entrainement olfactif, pour la grande majorité de ces traitements, ni la durée de leurs effets quand ils ont été significatifs, ni leurs bases physiologiques ne sont pleinement connues et on ne peut tirer de conclusions sur leur effet à long terme. En revanche, la rééducation de l’odorat est sans aucun doute la stratégie la plus efficace à ce jour.
Face aux causes diverses et à la variabilité du rétablissement des sens du goût et de l’odorat, quelles sont les approches de rééducation disponibles pour aider les personnes touchées à retrouver leurs facultés sensorielles essentielles ?
1. L’Entraînement Olfactif
L’entraînement olfactif, également connu sous le nom de rééducation olfactive, est l’une des approches les plus efficaces et prometteuses pour restaurer l’odorat chez les individus souffrant d’une perte olfactive. En somme, cette technique implique une exposition répétée à une série d’odeurs soigneusement choisies. Le but ? Stimuler et rééduquer le système olfactif.
L’entraînement olfactif a été popularisé par l’équipe de Thomas Hummel de l’Université de Dresde en Allemagne. Des études ont montré que l’entraînement olfactif peut conduire à des améliorations significatives de l’odorat chez de nombreux patients.
2. Protocoles d’entraînement structurés
Les protocoles d’entraînement olfactif peuvent varier en termes de durée, de fréquence et de méthodes d’exposition aux odeurs.

Chez Sensible®, nous préconisons des programmes de rééducation olfactive avec une exposition quotidienne à des odeurs spécifiques pendant plusieurs semaines. Nos programmes sont individualisés et les stimuli olfactifs sont définis en fonction de chacun. Afin de vous permettre un entrainement à domicile quotidien, nous avons créé un kit olfactif personnalisé. Il comprend les stimuli olfactifs nécessaires à votre entrainement, un carnet personnel pour noter et suivre vos progrès ainsi qu’un livret de suivi pour vous accompagner au quotidien dans vos exercices.

Afin d’optimiser vos résultats, au fil de la rééducation, des exercices spécifiques de verbalisation et de visualisation sont également réalisés. Cela permet de renforcer les connexions entre les sensations olfactives et les stimuli visuels ou verbaux.
Les résultats de la rééducation olfactive
Quels sont les résultats de cette méthode de stimulation olfactive ? Quelles sont les perspectives futures pour le traitement des troubles sensoriels ?
1. Efficacité de la stimulation olfactive
Les études cliniques sur l’entraînement olfactif ont montré des résultats prometteurs quant à son efficacité dans la restauration de l’odorat chez les patients atteints de diverses affections, telles que les pertes olfactives post-traumatiques ou post-infectieuses. Des protocoles structurés, impliquant une exposition régulière et prolongée à des odeurs spécifiques, ont conduit à des améliorations significatives de l’odorat chez un pourcentage considérable de participants.
De même, dans la continuité des travaux de Thomas Hummel, une étude grecque a évalué l’effet de la même procédure d’entraînement – stimulation olfactive deux fois par jour, quatre stimuli olfactifs – sur une période de 16 semaines au lieu de 12 chez Hummel. Les résultats ont montré qu’au bout de 16 semaines, dans le groupe de patients post-infectieux qui s’étaient entrainés, 67,8 % d’entre eux ont vu leur fonction olfactive s’améliorer. Ce pourcentage est à comparer avec celui des patients post-infectieux qui n’ont pas réalisé d’entrainement. 33 % d’entre eux ont montré une amélioration spontanée de leur odorat, sans traitement. Dans les groupes post-traumatiques, 33,2 % des patients qui se sont entraînés ont amélioré leurs performances olfactives, contre 13,3 % des patients sans entrainement.
En 2014, une étude issue du laboratoire de Thomas Hummel a même montré qu’un entrainement olfactif qui dure 32 semaines a des effets encore plus nets. 31 patients sur 39 (79 %) atteints de déficits olfactifs post infectieux ont présenté une amélioration de leurs capacités olfactives après ces huit mois d’entrainement. En outre, les auteurs montrent que les effets de l’entraînement sont les mêmes quels que soient l’âge, le sexe, la durée et la gravité du dysfonctionnement olfactif.
2. Perspectives futures
De surcroît, la recherche en neurophysiologie a également joué un rôle crucial dans le développement de nouvelles approches de rééducation pour le goût et l’odorat. En effet, des études ont examiné les effets de l’entraînement olfactif sur les réponses physiologiques de l’épithélium olfactif ainsi que sur les changements structurels des aires cérébrales associées à l’odorat. Ces travaux ont permis de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents à la plasticité olfactive. Aussi, ils ont ouvert la voie à des interventions plus ciblées et efficaces pour la rééducation sensorielle.
Si les progrès réalisés dans le domaine de la rééducation du goût et de l’odorat sont importants, plusieurs défis persistent. La variabilité de la réponse au traitement entre les individus souligne la nécessité de développer des approches personnalisées.
L’entrainement olfactif avec un professionnel de l’odorat permet un accompagnement adapté aux spécificités et rythme de chacun. Le résultat est ainsi optimisé.

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Retrouver le goût et l’odorat – En résumé
Les troubles du goût et de l’odorat peuvent avoir un impact significatif sur la qualité de vie des individus. Ils affectent non seulement leur capacité à apprécier les aliments, mais aussi leur sécurité et leur bien-être général. Les avancées en neurophysiologie ont permis une meilleure compréhension des mécanismes sous-jacents à la plasticité olfactive. Cela ouvre ainsi la voie à des approches de traitement ciblées et individualisées.
Par ailleurs, l’entraînement olfactif, s’est révélé être une stratégie particulièrement prometteuse pour la récupération de l’odorat. Des études cliniques ont démontré son efficacité dans l’amélioration de la fonction olfactive. Des résultats qui soulignent ainsi son potentiel dans la rééducation sensorielle.
En outre, les recherches récentes ont montré que la plasticité du système sensoriel permet des améliorations significatives, même après des pertes prolongées.
En combinant les dernières avancées en recherche médicale avec des approches de rééducation éprouvées, il est possible d’offrir aux patients une meilleure qualité de vie et de les aider à retrouver pleinement leur fonction sensorielle.
Sources :
Cerveau et odorat Comment (ré)éduquer son nez – Moustafa Bensafi & Catherine Rouby – 2020
Olfactory training – Thirteen years of research reviewed – ScienceDirect
Étude Ifop / Sanofi Genzyme, 2021, 3 013 personnes


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